Un médecin ne parle pas le même langage qu’un entrepreneur. Un entrepreneur ne parle pas le même langage qu’une direction hospitalière. Une direction hospitalière ne parle pas le même langage qu’un investisseur. Un investisseur ne parle pas le même langage…. vous avez compris la boucle sans fin ?!
Et pourtant,… il faut bien se parler, dialoguer et collaborer pour qu’une innovation en santé puisse se concrétiser. C’est précisément là que notre histoire avec l’AP-HP, Assistance Publique – Hôpitaux de Paris a commencé, en 2017, en nous installant au cœur des Hôpitaux Universitaires Pitié Salpêtrière – Charles Foix (APHP). Pendant 7 ans d’#immersionhospitalière nous avons progressivement appris les codes, les contraintes, les réalités et appris à parler les langages de l’écosystème hospitalier. Et surtout, nous avons créé des #conversations.
Des conversations qui ont permis de faire émerger des initiatives concrètes : de la création d’ #ASIIA, l’Association des Start-up innovantes issues de l’AP-HP, au projet #BrainTale, l’accompagnement de la Fondation #OBE, et en passant par de nombreuses collaborations entre médecin, paramédicaux, entrepreneurs et acteurs de l’écosystème.
C’est ce que nous avons retrouvé lors de la journée « De l’hôpital à la start-up : entreprendre pour innover en santé », organisée au sein du GHU Sorbonne Université. Quatre cliniciens multi-entrepreneurs sont venus partager ce qui les a poussés à franchir le pas de l’entrepreneuriat : Pierre Mozer, Rachel Lévy, Harry Sokol, Louis PUYBASSET.
À travers la modération de cette #conversation, portée par @Julie Rachline, notre rôle n’a pas été seulement d’asseoir des cliniciens autour de la table, mais plutôt de favoriser un langage commun.
De traduire les enjeux d’un « monde » pour les rendre compréhensibles à un autre. De permettre à un clinicien, un entrepreneur, une institution ou un investisseur de se comprendre suffisamment pour pouvoir, ensuite, construire ensemble.
C’est cette capacité à créer les passerelles que nous cultivons depuis plus de dix ans : créer les conditions pour que des mondes qui ne parlent pas spontanément la même langue puissent se comprendre, travailler ensemble et faire émerger des projets.
Quand l’innovation et l’entrepreneuriat enrichissent la formation des soignants
Quand l’innovation et l’entrepreneuriat enrichissent la formation des soignants
Les soignants ont les idées, mais pas toujours les (bons) outils.
Cette citation du Pr Thomas Similowski qui concluait notre précédent article, continue de résonner encore. Car elle met en lumière une tension bien connue dans le monde hospitalier : l’innovation existe, partout, tout le temps – mais elle reste trop souvent isolée, indicible voire invisible.
Pendant sept années d’immersion à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et au sein de l’AP-HP, un constat s’est imposé : l’innovation ne peut plus être un « pas-de-côté » de la formation des soignants. Elle doit en faire partie intégrante. Non pas en option, mais comme une compétence.
Avoir une idée, c’est un bon début. Savoir la structurer, la porter, et surtout la valoriser en est une autre. Pourquoi l’innovation devrait être partie intégrante de la formation des professionnels de santé ?
Parce qu’on ne peut plus soigner sans innover. C’est notre conviction, qui nous a amenées à explorer, pour ce quatrième et dernier article de notre série, deux approches complémentaires nourries par des années de collaboration : l’une académique et structurante, le Diplôme Universitaire Génie Biologique et Médical (DU GBM) de la Faculté de Santé de Sorbonne Université , initié il y a plus de 35 ans par le Pr Alain Sezeur , aujourd’hui responsable pédagogique, et dirigé aujourd’hui par le Pr Adrien Six, responsable de la formation ; l’autre agile et ancrée dans les usages, portée par Aude Nyadanu, PhD et son agence d’innovation Lowpital l. Deux visions, une même conviction : former, c’est transformer.
Le DU GBM : l’académie au service de la valorisation
1. Aux origines d’une formation unique
Créé dans les années 1980 par le Pr Alain Sezeur, le DU GBM est né d’une frustration fondatrice. À l’époque, Alain Sezeur travaillait au sein d’une équipe CNRS pionnière en matériaux biosilicone. Des organes artificiels avaient été développés, des brevets déposés — mais perçus comme brevets de “blocage” par une multinationale américaine.
J’ai trouvé ça personnellement très frustrant en tant que jeune interne et jeune chef de clinique. J’ai donc créé le DU GBM, parce que le génie biologique et médical, c’est l’association de toute l’ingénierie et de la médecine.
Pr. Alain Sezeur, fondateur et responsable pédagogique du DU GBM
À l’époque déjà, les chercheurs produisaient des innovations majeures — mais celles-ci restaient trop souvent inexploitées, voire bloquées au laboratoire. Ce Diplôme Universitaire a donc été imaginé pour permettre aux participants de construire des ponts entre deux mondes : celui de la recherche académique et celui de l’industrie.
Depuis, la mission du DU n’a pas changé : apprendre à valoriser la recherche, comprendre l’écosystème de la santé, et transformer une idée en proposition de valeur intelligible — pour un investisseur, un industriel, une institution. Quarante ans plus tard, le DU a formé des générations de professionnels qui ont fondé ou structuré les premières cellules de valorisation dans les universités, les hôpitaux, à l’AP-HP, à l’INSERM, dans des startups biotech et jusque dans des institutions internationales comme l’Agence mondiale antidopage.
Pour moi, la valorisation, c’est la finalité de la recherche. Ce ne sont pas les publications. Il s’agit d’apporter des retombées sociétales.
Pr Alain Sezeur
C’est le Pr Adrien Six, chercheur en immunologie formé à l’ Institut Pasteur , qui a repris la responsabilité du DU en 2024. Son parcours illustre à lui seul la force du dispositif : ancien étudiant du DU GBM, membre du jury pendant plus de dix ans, devenu responsable du programme lorsque sa pérennité était en jeu. Avec humour, il pense avoir pris cette responsabilité « par inconscience » !
En effet, sa prise en main du DU a révélé à la fois la richesse et la fragilité du dispositif : un programme exigeant, un réseau d’intervenants exceptionnel, des publics hétérogènes et fidèles – mais aussi une organisation administrative lourde à porter avec peu de moyens.
Une formation qui a cet âge-là, qui a autant d’inscrits, qui attire toujours autant malgré les difficultés de fonctionnement — c’est forcément quelque chose qui doit continuer d’exister.
Pr Adrien Six, responsable du DU GBM
2. Pour qui ? Et pourquoi ?
Le public du DU GBM est l’une de ses plus grandes forces. Adrien identifie trois profils bien distincts : des professionnels en poste qui cherchent à se renouveler ou à mieux comprendre l’écosystème de l’innovation ; des jeunes chercheurs en fin de thèse ou en post-doc, qui envisagent de se tourner vers le monde industriel ; et des étudiants d’écoles d’ingénieurs et de masters d’innovation qui suivent le DU comme élément complémentaire de leur cursus.
Au total, 70 à 80 inscrits chaque année, des sessions combles, et des taux de satisfaction très élevés. Mais au-delà des chiffres, c’est l’impact concret qui frappe.
Un doctorant qui a suivi cette formation va mettre quelques mois pour trouver un emploi. Un doctorant qui n’a pas la connaissance de la valorisation et des différents métiers peut mettre parfois plusieurs années !
Pr. Alain Sezeur
3. Une acculturation à l’innovation… et bien plus !
À la question « qu’apprend-on concrètement ? », la réponse est claire : « Les participants s’acculturent à l’écosystème de l’innovation biomédicale. Ils savent en parler, en comprendre les codes, le vocabulaire. »
Apprendre à en parler, parler le même langage, savoir qui contacte qui dans la chaîne qui va de l’idée innovante jusqu’au marché. Mais ce que les intervenants et anciens élèves soulignent, c’est surtout quelque chose de plus profond : un changement de posture.
Après le DU, ils savent parler. Ils connaissent une partie du vocabulaire. Et surtout, ils savent à qui parler. C’est fondamental pour tous ceux qui se questionnent sur leur carrière.
Pr Adrien Six
Il s’agit surtout de découvrir un écosystème. Et les exemples de trajectoires transformées abondent : des pharmaciens devenus responsables de commissions d’évaluation des dispositifs médicaux, des chercheurs à l’origine de cellules de valorisation dans de grandes institutions, des fondateurs de startups biotech qui ont soutenu leur mémoire du DU avant de lever leurs premières levées de fonds. Comme le résume Julie Rachline , co-responsable pédagogique du programme : « on pourrait presque poser la question inverse : y a-t-il des projets d’innovation majeurs issus de cet écosystème francilien dont aucune partie prenante n’a fait le DU ?». Ce réseau devient souvent un accélérateur concret.
Une vision partagée aussi par le Professeur Sezeur, qui milite pour que l’habilitation à diriger des recherches (HDR) intègre désormais une attestation de compétence en valorisation : la loi Allègre de 1999 avait ouvert cette voie en remettant formellement l’innovation au rang des missions des enseignants-chercheurs — il serait temps de la faire pleinement vivre.
Le regard de LallianSe :
LallianSe – Life Sciences Integrator est partenaire du #DUGBM depuis trois ans, et Julie Rachline en est co-responsable pédagogique. Ce n’est pas une simple étiquette : c’est une implication réelle, dans la construction des contenus, l’animation de sessions, le regard stratégique sur l’évolution du programme, un relais du terrain.
C’est apporter aux organisateurs universitaires un éclairage et une vision du côté non académique : sentir les besoins du marché, conseiller sur la manière dont le DU peut mieux communiquer, se réorganiser, identifier les points d’amélioration.
Adrien Six, à propos du partenariat avec LallianSe
Créer un dialogue entre deux mondes qui se parlent encore trop peu, c’est notre engagement aux côtés de l’Université.
Cette formation répond à un besoin réel et structurel : doter les professionnels de santé – entre autres – de l’état d’esprit, des outils et des bonnes conversations pour transformer leurs intuitions en projets viables.
Lowpital : l’ingénierie pédagogique comme levier de transformation ?
1. Une autre manière d’apprendre :
Si le DU GBM apporte le cadre et la structure, Lowpital transforme par l’expérience.
Fondée par Aude Nyadanu, PhD , Lowpital est une agence d’innovation et d’ingénierie pédagogique qui accompagne les établissements et professionnels de santé – entre autres – dans leurs transformations.
Nos interactions avec Aude remontent à plusieurs années notamment au travers du Challenge Innovation, où elle a pu amener son expertise en Design Thinking au cœur du parcours de candidature. Nous lui avons donc demandé sa définition du Design Thinking ? Loin d’être un concept réservé aux experts :
Le design thinking consiste à aborder les défis de manière créative et itérative, en se concentrant sur les besoins réels des utilisateurs et en encourageant la collaboration interdisciplinaire. C’est du bon sens théorisé.
Aude Nyadanu, fondatrice de Lowpital
Le cœur de la méthode n’est pas dans les outils — mais dans la posture. Et ce, dans l’étape la moins glamour, et souvent la plus négligée : l’étude des besoins.
Changez juste de paradigme : arrêtez de chercher des solutions entre experts à partir de ce que vous savez, et faites vraiment du travail de terrain pour aller comprendre les besoins. C’est ça, le cœur de la démarche.
Aude Nyadanu
Elle utilise une image très parlante : « vous avez une machine, vous ne voulez pas juste savoir si elle marche ou si elle ne marche pas. Vous voulez savoir quels sont les engrenages à l’intérieur, pourquoi ils sont parfois grippés, sinon vous ne pouvez jamais réparer la machine. » Une métaphore qui résonne fortement dans un système hospitalier où les dysfonctionnements sont souvent identifiés sans jamais être vraiment compris.
2. Ce que cela change dans la posture du soignant
Les cadres de santé sont parmi les publics privilégiés de Lowpital : « iIs ont déjà de base mes trois mots-clés — empathie, humilité, rigueur. » Ce que propose Lowpital, c’est une transformation dans le rapport au pouvoir d’agir. Un exemple : Anne, cadre en infectiologie, a d’abord créé un dispositif astucieux pour encourager le lavage des mains à l’aide d’une expérience musicale, et d’un capteur de mouvement bricolé à partir d’un accessoire d’Halloween. Un an plus tard, elle montait un centre de vaccination.
Cette dynamique touche aussi les équipes dans leur globalité. Au Groupe hospitalier Nord-Essonne (GHNE), une équipe travaillant sur le tri des déchets au bloc opératoire pensait que le sujet était trop complexe pour eux. En découpant le problème en multiples sous-problèmes et en priorisant, ils ont commencé par améliorer le code couleur des sacs poubelles et faire avancer l’enjeu principal. Petit geste, grande rupture mentale ! Il s’agit de donner aux soignants le pouvoir et l’énergie pour faire et agir.
Et les impacts dépassent l’échelle individuelle. Comme Vincent Delivet, DG du CH Annecy Genevois, un client Lowpital, l’a explicitement verbalisé, depuis cette transformation par l’expérience, les agents d’un établissement de santé viennent voir la direction non plus avec des problèmes, mais avec des projets et des demandes de soutien !
3. Les challenges innovation avec LallianSe et le GHU AP-HP Sorbonne Université
À plusieurs reprises, dans le cadre des Challenges Innovation, Lowpital est intervenu. Objectif : utiliser la méthodologie du design thinking pour challenger et renforcer les dossiers de candidature des soignants porteurs de projets, en s’assurant qu’ils répondaient à de vrais besoins de terrain. La formation par la pratique, donner à tous le pouvoir d’agir et faire transforme le rapport au travail, à l’innovation et permet aux soignants et professionnels de santé de devenir acteurs de leur quotidien. Au-delà de proposer un espace de développement, il est essentiel d’ajouter une condition de réussite fondamentale : que les porteurs de projets aient un espace pour expérimenter, le droit de se tromper, et le soutien institutionnel pour aller au bout. Sans cela, même les meilleures intentions virent à la frustration. La formation des soignants et professionnels de santé doit ainsi être perçue et encouragée à 360°.
Le regard de LallianSe
Lowpital et LallianSe partagent une conviction fondatrice : ne pas apporter des solutions toutes faites, mais créer les conditions pour que les soignants et innovateurs en général deviennent eux-mêmes les auteurs de leur(s) transformation(s).
Ce que nous avons construit ensemble dans les Challenge Innovation, c’est un modèle hybride : la rigueur méthodologique de l’ingénierie pédagogique, nourrie par la connaissance du terrain hospitalier, amplifiée par notre réseau d’acteurs de l’innovation en santé. Chaque édition a prouvé que ce mélange fonctionnait.
Mise en perspective : former, c’est outiller ceux qui font tourner le système
Le DU GBM et Lowpital : deux approches différentes, une même conviction. L’une structure la pensée, donne le vocabulaire, construit le réseau. L’autre ancre la pratique dans le réel, libère l’initiative, transforme les postures. Ensemble, elles dessinent ce que devrait être toute formation à l’innovation en santé : exigeante et accessible, théorique et pragmatique, individuelle et collective.
Ce que ces deux démarches révèlent, c’est un passage fondamental : celui d’une posture d’exécutant à une posture d’acteur. D’un professionnel qui subit les réformes à un professionnel qui les imagine. D’un soignant qui observe les dysfonctionnements à un soignant qui les adresse — avec méthode, réseau, avec les mots pour convaincre.
Car c’est là aussi que se joue une transformation discrète mais décisive : apprendre à parler le langage de l’entreprise. Savoir écrire un business plan, comprendre l’expérience utilisateur, maîtriser les rudiments de la propriété intellectuelle – autant de compétences indispensables pour être pris au sérieux par les décideurs.
Thomas Similowski parlait dans notre dernier article de la nécessité « d’apprendre à désapprendre ». Ces formations en sont une illustration concrète : elles invitent les professionnels à remettre en question leurs certitudes, à aborder les problèmes autrement, à accepter l’itération comme méthode et apprentissage, plutôt que comme un échec.
Et si le vrai changement commençait là ? Non pas en attendant que le système se transforme de l’extérieur, mais en équipant ceux qui le font tourner pour qu’ils puissent eux-mêmes impulser ce mouvement ?
Former à soigner ne suffit plus. Il faut désormais former à transformer.
Accepter de s’en emparer. Passer d’une posture passive à une posture proactive. C’est, en définitive, le message de cet article – et le fil directeur de sept ans d’immersion.
Parlez-vous « LallianSe » ? Un médecin ne parle pas le même langage qu’un entrepreneur. Un entrepreneur ne parle pas le même langage qu’une direction hospitalière. Une direction hospitalière ne parle pas le même langage qu’un investisseur. Un investisseur ne … Continuer la lecture de « GHU Sorbonne Université »
Former pour transformer ? Quand l’innovation et l’entrepreneuriat enrichissent la formation des soignants Quand l’innovation et l’entrepreneuriat enrichissent la formation des soignants Les soignants ont les idées, mais pas toujours les (bons) outils. Cette citation du Pr Thomas Similowski qui … Continuer la lecture de « Série immersion hospitalière – Article n°4 »
L’innovation hospitalière : pourquoi les soignants doivent être au cœur du changement ? Après trois premiers articles consacrés à notre immersion au cœur de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière – et sur la genèse des Challenge Innovation puis les récits de … Continuer la lecture de « Série immersion hospitalière – Article n°3 »
L’innovation hospitalière : pourquoi les soignants doivent être au cœur du changement ?
Après trois premiers articles consacrés à notre immersion au cœur de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière – et sur la genèse des Challenge Innovation puis les récits de projets portés par des lauréates — nous avons voulu prendre de la hauteur : que se passe-t-il quand l’innovation naît du terrain… et se confronte au système ?
Pour nourrir cette réflexion, nous avons choisi d’échanger avec le Professeur Thomas Similowski, professeur de pneumologie à la Faculté de Santé de Sorbonne Université et praticien hospitalier à l’ AP-HP, Assistance Publique – Hôpitaux de Paris. Il dirige le département R3S (« Respiration, réanimation, réhabilitation respiratoire, sommeil ») au sein de l’ hôpital de la Pitié-Salpêtrière, et l’unité mixte de recherche UMRS 1158 Inserm – Sorbonne Université « Neurophysiologie Respiratoire Expérimentale et Clinique ».
Au-delà de sa légitimité médicale, clinique et scientifique, Thomas Similowski est aussi un acteur de l’innovation en santé, au croisement du soin, de l’entrepreneuriat et de la recherche. Il est notamment cofondateur et conseiller scientifique de la start-up AUSTRAL Dx, qui développe un dispositif innovant d’examen clinique numérisé sans contact. Il est également co-inventeur d’une vingtaine de dispositifs, procédés et méthodes ayant fait l’objet de brevets, et directeur d’une unité de recherche très engagée dans la valorisation de la recherche, avec le soutien de la Direction de la Recherche et de la Valorisation de Sorbonne Université et de la SATT LUTECH. Son regard s’inscrit donc dans une expérience concrète et continue de l’innovation, depuis l’idéation jusqu’à la valorisation.
En amont de cet échange, nous avions préparé un guide d’entretien structuré, pensé pour parler terrain, reconnaissance, attractivité, freins, solutions… et surtout donner de l’air à cette conviction : les soignants sont un vivier d’innovation immense.
Son message, franc et sans détours dès les premières minutes a fait dérailler notre plan : sa vision de l’innovation au sein de l’hôpital public est critique et pointe une réalité souvent partagée par les équipes : « les soignants ont les idées et la connaissance des besoins… mais pas toujours les outils pour transformer ces idées en solutions concrètes ».
1) Le terrain : un “capteur” de besoins irremplaçable
Le constat est sans appel : l’innovation hospitalière la plus pertinente ne commence pas dans une salle de réunion, mais au quotidien. Elle naît des difficultés, des ‘irritants’, des contraintes du soin, des parcours patients complexes, de ce qui “coince” et qui, répété dix fois par jour, finit par se transformer en besoin.
Thomas le formule de façon très directe : les soignants “savent ce qu’il faut faire”. Ils voient ce qui manque, ce qui fatigue, ce qui met en risque, ce qui peut être amélioré — parce qu’ils vivent la réalité, minute par minute. Et cela vaut aussi bien pour les innovations organisationnelles (parcours, coordination, rôles, interfaces) que pour les innovations technologiques (outils, dispositifs, usages numériques…).
Dans l’échange, il insiste sur le fait que l’innovation “utile” est souvent une innovation de terrain : celle qui rend un geste plus simple, une relation plus fluide, une prise en charge plus sécurisée. Et c’est précisément pour cela que les soignants doivent être au cœur du changement : non pas par principe, mais parce qu’ils sont au plus près de la preuve : ce qui marche, ce qui ne marche pas, ce qui aiderait.
« Les soignants ont le savoir, ils ont les idées. »
Mais il ajoute aussitôt la condition qui change tout : les idées ne suffisent pas.
2) De l’idée à la réalité : le vrai défi, ce sont les “conditions”
L’échange met en lumière un enjeu central : ce n’est pas la créativité qui manque à l’hôpital. Ce qui manque, ce sont des conditions de la réussite — et parfois même, un cadre qui ne décourage pas l’énergie … avant même qu’elle n’ait eu le temps de se transformer en projet.
Thomas parle d’un écosystème où l’on voit parfois “les problèmes avant les solutions”, où la prudence devient réflexe, et où les circuits administratifs peuvent donner l’impression d’un empilement – l’effet inverse de l’objectif initial. Son propos, même lorsqu’il est vif, renvoie à une réalité que beaucoup de porteurs de projets reconnaissent : entre l’idée et le déploiement, il existe une succession d’étapes complexes (juridiques, organisationnelles, budgétaires, réglementaires – entre autres) qui ne sont pas toujours lisibles pour ceux qui sont… en première ligne. Il décrit un système qui, trop souvent, décourage avant même d’avoir accompagné.
Il utilise une expression forte pour résumer ce qu’il appelle l’innovation : une “créativité divergente” : le fait d’oser sortir du cadre, de proposer autre chose, d’imaginer différemment. Et il rappelle que, par nature, l’innovation vient bousculer l’existant :
« L’innovation, c’est une forme d’irrespect. »
Cette provocation, évidemment à lire au second degré, sert à exprimer une idée : on ne peut pas créer du nouveau sans accepter de remettre en question des habitudes. Le problème se révèle si l’on attend que l’innovation soit immédiatement compatible avec tous les processus, toutes les validations, toutes les temporalités, comme si l’innovation devait rester strictement “dans le cadre”.
Or, pour Thomas, le vrai sujet n’est pas de demander aux soignants d’être plus innovants : c’est de leur permettre d’innover sans s’épuiser. Il résume très bien ce basculement :
« Les soignants ont les idées, mais ils n’ont pas les outils. »
Et ces “outils” sont très concrets, avec des questions ou des thématiques presque simples sans être simplistes :
Un chemin lisible (à qui parler, dans quel ordre, et pour quel livrable ou quel objectif ?),
Des relais identifiés (qui sont les bons interlocuteurs au sein des structures visées),
Des délais compatibles avec l’urgence du soin (et pas un rythme “hors sol”).
Tout en mettant en exergue deux éléments clés sur lesquels une réelle progression est possible : la démarche d’accompagnement continu de l’innovation et des parcours (professionnels et individuels associés) et le développement d’une culture qui sécurise l’expérimentation (y compris le droit au test, au prototype…. voire à l’échec).
Thomas pointe aussi une difficulté très opérationnelle : “même quand on est motivé, on avance parfois “à l’aveugle”, parce qu’on vous explique l’étape 1 mais pas l’étape 2 — et que c’est au moment où l’on croit avancer que l’on tombe dans un “trou” (administratif, juridique, méthodologique)”. Son idée et ses propos décrivent bien l’effet sur le terrain : la motivation finit par se transformer en appréhension.
C’est une réalité: entre l’idée et sa concrétisation, le parcours est souvent long, difficile, et semé d’embûches qui n’ont rien à voir avec la qualité du projet lui-même. Et selon lui « l’implication des soignants risque de produire finalement l’inverse de l’effet recherché : frustration, déception, découragement. Une machine à user les bonnes volontés ».
3) Les paramédicaux : un potentiel immense… et des parcours encore trop invisibles
Lors de cet échange, Thomas posera aussi une question très concrète et révélatrice : quand une idée vient d’un médecin, les circuits – aussi complexes soient-ils – existent, mais quand un personnel paramédical a une idée, où va-t-il ? Qui l’accueille ? Qui lui répond ? Qui l’accompagne pour qualifier l’idée, l’explorer, la prototyper, la protéger si besoin ?
Son constat est clair : faute de voie identifiée et accessible, il existe un risque réel de dépossession. L’idée circule, se transforme, parfois se dilue… et le porteur initial peut finir par disparaître du radar.
« Le problème, ce n’est pas l’idée. Le problème, c’est le chemin. Et pour les paramédicaux, ce chemin n’est ni clair, ni visible. »
C’est aussi pourquoi il est essentiel de donner aux paramédicaux une place de choix dans la réflexion sur l’innovation hospitalière. Leur expertise d’usage est déterminante : ils sont au plus près des gestes, des organisations, des contraintes réelles du soin. Pourtant, les circuits d’innovation restent encore trop structurés autour des codes classiques – publications, dispositifs de recherche – qui ne correspondent pas toujours à leurs parcours. Il faut encourager le fait d’oser formuler, tester et construire.
Thomas tient cependant à souligner qu’une prise de conscience existe. Des efforts sont engagés, les institutions commencent à identifier plus clairement la place des paramédicaux dans les dynamiques d’innovation, et certains dispositifs évoluent dans le bon sens. Mais, selon lui, si la conscience du problème émerge, le chemin reste encore long pour rendre ces parcours réellement lisibles, accessibles et équitables. L’enjeu n’est plus seulement de reconnaître le rôle des paramédicaux dans le soin, mais de structurer concrètement leur place dans l’innovation.
C’est précisément ce qui ressort des projets présentés dans les articles précédents de cette série. Que ce soit la Fondation OB-E, Pikidou ou encore T-OUT, ces projets sont nés d’idées issues du terrain paramédical, portées par des soignantes qui ont pu bénéficier d’un accompagnement structuré. Et le résultat ? des projets concrets, déployés, utiles – et surtout une dynamique renforcée, à la fois individuelle et collective.
Quand le cadre est posé, quand les relais sont disponibles et l’accompagnement adapté, les idées prennent vie, les porteurs restent engagés, et l’innovation devient un levier de reconnaissance.
4) Valoriser l’innovation soignante : un levier d’attractivité et de reconnaissance
Au-delà des projets, un enjeu apparaît : l’innovation peut contribuer à redonner du souffle aux équipes – reconnaissance, fierté, dynamique, sentiment d’utilité, envie de construire.
Même dans sa vision très exigeante, Thomas pointe quelque chose de précieux : l’hôpital ne manque pas de talents, il manque parfois de signaux qui autorisent ces talents à s’exprimer. Il dit par exemple que l’innovation suppose de “casser des codes”. Or, si l’environnement sanctionne tout ce qui dépasse, le réflexe naturel, c’est la prudence :
« Il faut proposer aux soignants de monter dans un train qui avance déjà. »
Autrement dit : si l’institution veut attirer et retenir, elle doit montrer qu’elle sait transformer l’énergie du terrain en résultats – et pas seulement en démarches interminables.
5) Et maintenant : transmettre, outiller, rendre le parcours reproductible
La conclusion qui s’impose est simple : si l’on veut que l’innovation soignante ne soit pas l’exception mais une capacité collective, il faut outiller et transmettre.
Thomas formule ici une idée forte : apprendre à “désapprendre”. Derrière l’expression, on entend une réalité : beaucoup de professionnels ont été formés à “bien faire”, à respecter les règles, à cocher des cases – et cela a du sens dans le soin. Mais innover, c’est aussi apprendre à explorer, à prototyper, à tester, à s’autoriser une démarche imparfaite au début.
« Il faudrait une formation pour apprendre à désapprendre. »
Et surtout, il rappelle un point essentiel : l’innovation n’est pas qu’une idée. C’est un processus, qui va de la créativité à la valorisation, puis de temps en temps au transfert. Pour Thomas, un minimum de pédagogie sur le “chemin” évite la peur et les décrochages : « Au minimum, expliquons aux gens ce que sont les cases. »
Le regard de LallianSe :
Cette interview nous a d’abord laissées perplexes. Parce qu’elle pointe du doigt les difficultés rencontrées et l’enjeu clé de la motivation, de l’accompagnement et du temps long. Puis… en réalité, cela met en avant une question clé : l’écosystème est imparfait, et doit-on pour autant renoncer ?
Chez LallianSe, notre ADN, réside dans l’action et la construction. Ce que nous avons appris pendant ces années d’immersion, c’est qu’on ne change pas un système, mais qu’il est possible d’en accompagner l’évolution au travers de points d’appuis : des espaces de “confiance”, des initiatives agiles et/ou innovante, des interactions renouvelées entre soignants, innovateurs, experts et enfin un accompagnement concret qui rend l’innovation moins solitaire.
Quand les idées des soignants deviennent des solutions concrètes :regards croisés entre Pikidou et T-OUT, & Romain Gombert (Craft & Care).
Parce qu’ils sont au plus près des patients, des usages et des besoins, les idées et compréhensions des soignants ont un potentiel d’innovation immense – à condition d’être encouragés, écoutés, accompagnés et mises en action.
Voilà l’ambition de notre engagement au travers des #ChallengeInnovation, appels à projets initiés et pilotés au sein du Groupe Hospitalo-Universitaire APHP.Sorbonne Université : révéler ces idées issues du terrain et leur donner les moyens de se concrétiser. Aujourd’hui, nous sommes fiers de partager l’histoire de deux projets qui illustrent cette conviction : Pikidou, imaginé et porté par Cécile Combes, et T-OUT, imaginé et porté par Sandrine Bottiuset aujourd’hui poursuivi par Natasha Figueiredo.
Deux projets singuliers, deux contextes distincts, deux éditions différentes des Challenges Innovation, mais une même ambition : répondre à des besoins concrets par des solutions simples, humaines et efficaces. Tous deux ont été accompagnés par #LallianSe, soutenus par une dotation financière et co-construit avec le même partenaire, Romain Gombert, fondateur de Craft & Care.
Pikidou : un cactus de distraction pour apaiser la prise en charge en pédiatrie
Lauréate du Challenge Innovation #2 en 2021, Cécile Combes, masseur kinésithérapeute au sein du Centre de ressources et de compétences en mucoviscidose du service de pneumologie pédiatrique de l’Hôpital Armand-Trousseau (#APHP) est à l’origine du projet #Pikidou.
Pikidou est née d’un constat simple :
« Les outils de distraction, bien qu’existants, sont souvent rangés et donc peu utilisés. Je voulais les rendre visibles, accessibles, et surtout, ludiques pour les enfants. » Cécile Combes
De ce constat est né une idée : une tour de distraction en forme de cactus humanisé, mobile, colorée et expressive. Intégrant le protoxyde d’azote (MEOPA) pour la prise en charge, elle propose des objets ludiques de distraction accrochés à ses « épines », choisis directement par les enfants. Transformant un moment souvent anxiogène en une expérience plus douce, Pikidou est devenu bien plus qu’un dispositif : c’est un compagnon du quotidien pour les enfants hospitalisés.
« Pikidou fait partie du service maintenant et évolue au fil des saisons. Les enfants atteints de pathologies chroniques sont ravis de le voir changer et viennent plus facilement aux soins. C’est un vrai brise-glace!» Cécile Combes
Comment l’idée est-elle devenue réalité ?
Grâce à une dotation de 10 000 € et un accompagnement LallianSe valorisé à 13 500 €, Cécile a pu passer d’une intuition à un dispositif utilisé quotidiennement dans son service.
Pour concrétiser cette idée, LallianSe a joué un rôle de catalyseur en la mettant en en relation avec Romain Gombert.
Ingénieur et designer, Romain est un spécialiste de l’ingénierie médicale et du management de l’innovation. Après avoir dirigé le #LivingLab de l’ Institut du Cerveau – Paris Brain Institute (#ICM) jusqu’en 2021, il a fondé Craft & Care, une structure dédiée à la conception et au développement d’innovations en santé à l’intersection du design, de la technologie et de la pratique clinique. En connexion avec LallianSe pendant plusieurs années sur le site de la Pitié-Salpêtrière où se situait les activités de Romain à l’ICM, l’intervention de Romain est apparue évidente à l’expression du besoin par Cécile. Une intuition de collaboration aussi bien opérationnelle qu’humaine – qui s’est concrétisée rapidement.
« LallianSe a été mon tout premier partenaire, celui qui m’a permis de transformer une idée en réalité et de poser les bases de ce qui est aujourd’hui Craft & Care », raconte Romain Gombert.
Avec lui, Cécile a découvert le processus du prototypage, les contraintes techniques et les solutions adaptées à un environnement de soin.
Au-delà du résultat, cette collaboration illustre la force du lien entre soignant et expert : une co-construction pragmatique et humaine, où chaque idée prend forme grâce à une compréhension mutuelle et une alliance du besoin et de la faisabilité.
« La communication avec Romain a été facile et fluide. Ses connaissances relationnelles et techniques ont permis d’avancer vite. Il m’a fait différentes propositions de design et m’a même invitée à assister à la découpe laser du plexiglas dans un atelier parisien : c’était passionnant ! », se souvient-elle.
Quel impact concret pour les patients et les équipes ?
L’impact est tangible : les enfants s’approprient le personnage, s’y attachent et retrouvent le sourire avant même le début du soin. Le projet est devenu réalité !
« Depuis Pikidou, les enfants viennent plus volontiers dans le poste de soins, simplement pour le voir ou choisir leur jouet préféré. Le MEOPA est caché dans le cactus, ce qui rend l’acte moins médical, plus ludique. » Cécile Combes.
Le dispositif a aussi changé la dynamique d’équipe : il favorise les échanges, la complicité et redonne du sens aux moments partagés avec les jeunes patients. Dans un environnement souvent chargé, Pikidou apporte une touche de légèreté et d’humanité.
Et maintenant ?
L’aventure ne s’arrête pas là. Présenté lors de la Journée innovation de l’AP-HP et déclaré à l’#OTTPI (Pôle Transfert & Innovation de l’AP-HP), Pikidou suscite désormais l’intérêt d’acteurs extérieurs. Des discussions ont été engagées avec des entreprises pour envisager une diffusion plus large, et Cécile réfléchit à une étude d’impact afin de valoriser scientifiquement sa plus-value.
« De mon côté, je ne loupe plus aucun appel à projet car on ne gagne que si on joue… » précise Cécile.
Son expérience est devenue une source d’inspiration pour ses pairs.
« Le Challenge Innovation est un énorme facilitateur de transformation des rêves en réalité. Sans LallianSe, Pikidou n’existerait pas sous cette forme. »
Et si l’innovation soignante redessinait l’hôpital ?
Au-delà du dispositif, Pikidou illustre une dynamique de fond : celle d’un hôpital qui se transforme par ses propres équipes. L’implication des soignants dans l’innovation ne se limite pas à la mise en œuvre de projets : elle renouvelle la culture, les pratiques et le regard sur le soin. L’encouragement à l’innovation est aussi essentiel pour le bien être des soignants, au-delà des patients eux-mêmes !
Pourquoi ne pas considérer l’innovation hospitalière comme provenant aussi d’idées nées du terrain et nourries par la relation au patient ? L’implication des soignants dans l’innovation peut-elle réellement changer la manière dont l’hôpital fonctionne ?
Avant cela, découvrons un autre projet lauréat du Challenge Innovation, qui partage cette même ambition de repenser le parcours patient à travers la créativité et l’engagement des équipes : T-OUT.
T-OUT : un escape game digital pour accompagner la transition pédiatrie-adulte
Lauréat du Grand Prix du Challenge Innovation #3 en 2022, T-OUT est un escape game digital imaginé par Sandrine Bottius, alors coordinatrice de parcours dans le service de transition de la pédiatrie au secteur adulte à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP), aujourd’hui relayée par Natasha Figueiredo.
Leur ambition ? Accompagner les adolescents atteints de maladies chroniques dans une étape clé de leur parcours : le passage des soins pédiatriques vers les soins adultes. Ce moment charnière, souvent redouté par les patients et source de ruptures de parcours, a inspiré Sandrine :
« Je voyais au quotidien les difficultés vécues par les jeunes patients lors de leur passage vers les soins adultes. J’avais cette idée un peu atypique d’utiliser le jeu pour répondre à un enjeu très sérieux : éviter les ruptures de parcours de santé. »
Ainsi est né T-OUT, un jeu d’évasion numérique à la fois ludique, éducatif et thérapeutique, pensé pour aider les jeunes à comprendre, anticiper et vivre plus sereinement cette transition.
Comment l’idée est-elle devenue réalité ?
Lauréat du Grand Prix du Challenge Innovation #3, T-OUT a bénéficié d’une dotation de 12 000 € et d’un accompagnement LallianSe d’une valeur d’environ 16 000 €. Grâce à ce soutien, l’idée s’est transformée en un outil digital concret et opérationnel – et surtout utilisé par les patients eux-mêmes.
LallianSe a accompagné Sandrine à chaque étape : structuration du projet, choix du prestataire technique, stratégie de développement et positionnement pédagogique.
« Le Challenge Innovation 2022 a été une formidable caisse de résonance : il nous a permis de passer d’une idée à un projet reconnu et soutenu, avec une vraie légitimité », explique Sandrine.
Pour concrétiser ce projet, Romain Gombert, a de nouveau été sollicité. Déjà partenaire sur Pikidou, il a apporté son savoir-faire technique et sa compréhension des enjeux hospitaliers au-delà des capacités de gestion de projet et de développement des innovations.
« Connaissant déjà le secteur de la santé, Romain a su traduire une idée innovante mais encore abstraite en un outil digital concret. Il a permis d’optimiser les choix techniques, de respecter le cadre budgétaire sans renoncer aux objectifs, et d’assurer la faisabilité du projet », raconte Sandrine.
Cette collaboration, nourrie par le même esprit de co-création que pour Pikidou, a permis à T-OUT de trouver sa forme finale : un escape game immersif et pédagogique, co-construit avec patients, soignants en pédiatrie et soins adultes, autour d’un objectif commun — fluidifier le passage entre deux mondes du soin.
« Être entourée et soutenue m’a permis de transformer les freins en opportunités de consolider et renforcer le projet », confie Sandrine.
Quel impact pour les patients et les équipes ?
Depuis son lancement à l’automne 2024, T-OUT est utilisé dans plusieurs unités hospitalières. Il est proposé avant ou lors du passage en service adulte, pour aider les jeunes à se familiariser avec ce nouvel environnement.
« Certains patients nous ont dit que T-OUT les avait aidés à mieux visualiser ce qui les attendait dans le secteur adulte. Cela a dédramatisé la transition et ouvert la discussion sur des sujets qu’ils n’auraient pas abordés spontanément », explique Natasha Figueiredo.
Du côté des équipes, les retours sont tout aussi positifs : le jeu devient un support concret pour aborder la transition autrement, de manière plus ludique et interactive :
« L’implication des soignants dans l’innovation est essentielle pour accompagner l’évolution des patients, surtout les jeunes générations nées dans un monde numérique. Il faut parler la même langue pour créer un lien de confiance solide », souligne Natasha.
En parallèle, T-OUT fait l’objet d’une étude clinique menée à l’ Institut E3M, dans le cadre d’un appel à projets de la Fondation Maladies Rares sur les innovations sociales et thérapeutiques. L’objectif : mesurer scientifiquement l’efficacité de l’outil sur la qualité de vie et l’adhésion aux soins.
Et maintenant ?
Aujourd’hui, T-OUT continue son déploiement dans les services pédiatriques et adultes. Il s’inscrit à la fois comme un outil d’éducation thérapeutique et comme un vecteur de dialogue entre patients et soignants.
« Le fait de pouvoir s’appuyer sur T-OUT nous rend mieux équipés pour accompagner la transition. L’outil rend ce moment plus concret et plus engageant pour les jeunes », observe Natasha.
Pour Sandrine, cette aventure est aussi une leçon de confiance :
« Une idée, même si elle paraît atypique ou ambitieuse, mérite toujours d’être explorée. L’important, c’est de poser la première pierre, de partager son idée et de s’entourer. »
Grâce à LallianSe – Life Sciences Integrator et Craft & Care, T-OUT a trouvé le bon équilibre entre créativité, rigueur scientifique et faisabilité technique. Et surtout, il démontre qu’un projet né du terrain peut devenir un outil utile, reconnu et partagé.
De Pikidou à T-OUT : quand les soignants inventent l’hôpital de demain
De la tour de distraction Pikidou à l’escape game T-OUT, ces deux projets partagent bien plus qu’un accompagnement commun : ils incarnent la capacité des soignants à imaginer et construire l’innovation de façon concrète et efficace. En partant de besoins observés au plus près du terrain, Cécile Combes, Sandrine Bottius et Natasha Figueiredo ont prouvé que la créativité soignante pouvait se transformer en solutions concrètes, utiles et impactantes pour les patients comme pour les équipes.
Mais si leurs projets ont pu voir le jour, c’est aussi grâce à un maillon essentiel de cette chaîne d’innovation : celui de la mise en œuvre opérationnelle, technique et du prototypage. Car pour passer de l’idée à l’objet, du concept à l’outil, encore faut-il trouver le bon partenaire, capable de comprendre le langage du soin tout en maîtrisant celui de l’ingénierie et du design et piloter ces phases précoces.
Et c’est précisément là qu’intervient Craft & Care et Romain Gombert, qui incarne à elle seule la jonction entre innovation, pratique clinique et technologie.
L’ingénierie au service des idées : l’apport clé de Craft & Care
Pikidou et T-OUT ont en commun d’avoir été développés avec l’expertise de Romain Gombert au travers de Craft & Care « un atelier de prototypage dédié au soin ».
« Mon rôle est de mettre à disposition une mini-équipe produit – product manager, designer, développeurs – capable de transformer une idée en prototype fonctionnel et testable », explique-t-il.
Traduire une idée souvent abstraite en une solution technique réaliste, tout en respectant les contraintes budgétaires et l’univers hospitalier, constitue un défi majeur. Mais c’est aussi ce qui fait la richesse de ces collaborations.
« L’alliance d’un soignant, qui connaît la réalité du terrain, et d’une équipe produit, qui maîtrise les technologies, est la meilleure façon d’apporter des solutions pertinentes et efficaces », affirme Romain.
Au-delà de la technique, il insiste sur la dimension humaine de ces projets :
« Voir les sourires des soignants et des patients face aux premiers résultats est une vraie récompense. Et c’est aussi un effet d’entraînement : d’autres équipes s’y intéressent, ce qui prouve l’utilité de cette démarche. »
Grâce à cette approche, Craft & Care s’inscrit comme un chaînon essentiel entre la vision du soignant et la concrétisation du projet. Et c’est précisément cette connexion, initiée et soutenue par LallianSe, qui rend possible le passage du rêve à la réalité.
Transformer la culture de l’innovation à l’hôpital
Au-delà du bénéfice direct pour les patients, les projets comme Pikidou et T-OUT montrent à quel point l’innovation peut aussi transformer ceux qui la portent et l’institution qui les entoure. Pour les soignants, c’est une expérience de valorisation et de confiance retrouvée, une amélioration du bien-être et de la qualité de vie au travail – entre autres.
Pour les établissements, c’est une opportunité d’ancrer une nouvelle culture : celle d’un hôpital agile, où l’initiative et la créativité sont reconnues comme des leviers de transformation autant que la recherche ou la technologie.
Cécile Combes y voit un puissant moteur de motivation collective :
« La mise en lumière des idées des paramédicaux est un formidable outil de reconnaissance. Cela change la dynamique des équipes et même la manière dont l’hôpital fonctionne. »
Sandrine Bottius confirme que cette dynamique dépasse largement le cadre d’un seul projet :
« Encourager l’innovation dans les établissements de santé, c’est d’abord créer une culture ouverte à l’expérimentation. Il faut valoriser les initiatives du terrain et offrir un accompagnement structuré pour transformer les idées en projets concrets. »
Du côté de l’ingénierie, Romain Gombert observe lui aussi les effets en chaîne :
« Voir les soignants reprendre confiance dans leur capacité à innover est inspirant. Et quand leurs projets se concrétisent, cela entraîne d’autres équipes à s’interroger, à créer, à proposer. C’est ainsi qu’une véritable culture de l’innovation hospitalière se construit. »
En somme, chaque projet initié agit comme une étincelle d’innovation qui alimente une transformation plus large : celle d’un système hospitalier où le soin et l’innovation s’enrichissent mutuellement, et où le terrain devient moteur du changement. Et c’est aussi notre ADN chez LallianSe – impulser des étincelles d’innovation !
Le mot de la fin : Oser franchir le pas !
S’il y a bien une leçon à retenir des parcours de Pikidou et T-OUT, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’avoir toutes les réponses pour innover. Ce qui compte, c’est de faire le premier pas — avec conviction, curiosité et courage.
Nos trois protagonistes partagent d’ailleurs le même message :
« Foncez, osez ! Rien à perdre, tout à gagner », encourage Cécile. «L’important est de poser la première pierre et de s’entourer. Les obstacles sont surmontables si l’on garde le cap sur le sens du projet », complète Sandrine. « Mon conseil : oser se lancer dans cette co-construction, car c’est dans ce dialogue entre expertise médicale et innovation technologique que naissent les solutions les plus utiles », conclut Romain.
Chez LallianSe, nous sommes fiers d’être ce catalyseur qui relie idées, expertises et moyens pour transformer les intuitions des soignants en solutions concrètes au service des patients. Ces histoires croisées en sont la preuve : quand on donne aux soignants les clés pour innover, l’hôpital de demain se construit dès aujourd’hui.
Et ce n’est qu’un début… Dans notre prochain article, nous irons plus loin pour comprendre pourquoi et comment les soignants doivent être au cœur du changement hospitalier.
7 ans d’immersion hospitalière : Mise en lumière d’OB-E, une initiative ambitieuse portée par les soignants au bénéfice des patients.
Dans le premier article de cette série, nous avons présenté le choix de LallianSe de s’immerger au cœur de l’hôpital, à la Pitié-Salpêtrière, et sur la genèse des Challenge Innovation. Ces appels à projets ont été conçus comme des tremplins pour accompagner et valoriser l’innovation née sur le terrain hospitalier, portée par celles et ceux qui, chaque jour, prennent soin des patients.
Aujourd’hui, ce second article propose la mise en lumière du projet OB-E, qui a particulièrement retenu l’attention du jury lors du Challenge Innovation #4.
OB-E : une réponse innovante essentielle pour adresser un enjeu majeur de santé publique
Porté parEve DESNOYERS, alors diététicienne et coordinatrice du Centre Spécialisé Obésité (CSO) Ile-de-France centre (IDF) et le Professeur Judith Aron-wisnewsky, médecin-chercheur spécialiste de l’obésité et des maladies associées, OB-E propose un accompagnement en e-parcours personnalisé aux patients vivant avec un surpoids ou une obésité, complémentaire au suivi médical. Depuis l’équipe a été étoffé de la participation de Camille Salaün (nouvelle coordinatrice du CSO IDF Est et diététicienne) et du Dr Margot Denis (coordinatrice médicale du CSO IDF Est) pour la production de nouveaux modules ETP.
En France, près de 48,3% de la population est en surpoids ou en obésité, un chiffre en constante augmentation. L’obésité touchant par ailleurs deux fois plus fréquemment les personnes les plus socio-économiquement défavorisées. L’offre de soins, et notamment l’Éducation Thérapeutique du Patient (ETP), reste limitée : souvent proposée uniquement en présentiel, elle exclut de fait de nombreux patients qui n’ont pas accès aux soins. C’est de ce constat qu’est né OB-E qui permet de rendre accessibles des outils thérapeutiques et préventifs (gratuitement pour les patients) recommandés par la Haute Autorité de Santé(HAS), mais souvent difficiles d’accès pour les patients.
Du Challenge Innovation à la constitution d’une fondation !
Lorsque Judith Aron-Wisnewsky et Eve Desnoyers décident de candidater au Challenge Innovation, c’est avec conviction et ambition :
« On croyait très fortement au potentiel de notre projet et souhaitions le partager avec d’autres pour continuer à le faire grandir. »
Lauréat du second prix du Challenge Innovation #4, OB-E a bénéficié d’une dotation financière de 7 000 € et d’un mécénat de compétence par LallianSe pendant 6 mois. À l’issue de cette phase de mécénat de compétence, LallianSe a poursuivi son accompagnement pro bono – un engagement fort et évident de la part de l’équipe compte tenu de l’enjeu du projet, de son impact potentiel et de la qualité de la relation établie avec les porteuses de projet. Très vite, le projet est devenu une aventure entrepreneuriale pour laquelle il a fallu définir la trajectoire. Judith Aron-Wisnewsky et Eve Desnoyers nous précisent :
« LallianSe a été notre guide dans le brouillard, l’accompagnement nous a toujours ramenées sur le chemin pour avancer. Grâce à leurs conseils, nous avons pu transformer un projet en une aventure : la création d’une fondation abritée sous l’égide de la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM). LallianSe nous a fait bénéficier de son réseau de connaissance pour nous mettre en lien avec la FRM. Nous n’aurions jamais su qui ni osé approcher la FRM, ni même pensé à devenir une fondation abritée. Nous n’aurions pas imaginé comment approcher des financeurs (par le biais du mécénat). »
Cette étape charnière s’est concrétisée grâce à une mise en relation initiée par LallianSe, en lien avec la Fondation pour la Recherche Médicale(FRM) depuis plusieurs années. Cet engagement s’est accompagné d’une ambition morale et éthique forte, sans laquelle la collaboration avec la FRM n’aurait pu voir le jour. C’est précisément cette dimension qui a permis de bâtir un projet de fondation solide, pérenne et alignée avec l’intérêt général. Valerie Lemarchandel, Directrice scientifique de la FRM et membre du Directoire, se souvient :
« Ce qui nous a particulièrement convaincus, c’est la pertinence scientifique du projet, l’impact potentiel pour les patients, la portée d’intérêt général, ainsi que l’engagement et l’énergie remarquables des deux porteuses. »
La FRM a alors proposé un cadre juridique, administratif et scientifique solide, permettant de donner au projet OB-E une légitimité et une pérennité renforcée, Valérie Lemarchandel précise :
« La mention sous égide de la Fondation pour la Recherche Médicale renforce la visibilité et la crédibilité des initiatives soutenues.»
Une collaboration tripartite fondée sur la confiance
Cette synergie entre les deux porteuses du projet, la FRM et LallianSe a été déterminante, et a pu se construire sur des bases solides :
« Dès le départ, la collaboration s’est déroulée de manière fluide, avec une répartition claire des rôles, un dialogue marqué par une grande qualité d’écoute et une véritable dynamique de co-construction », souligne Valérie Lemarchandel.
Pour Judith Aron-Wisnewsky et Eve Desnoyers, l’enjeu a été de naviguer dans un parcours semé d’embûches administratives et réglementaires, mais toujours en s’appuyant sur des conseils précieux et des expertises partagées.
Et aujourd’hui ?
La fondation OB-E sous l’égide de la Fondation pour la Recherche Médicale est née. OB-E est désormais déployé à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, où il a été largement adopté par les équipes soignantes et utilisé par plus de 300 patients, permettant d’initier les projets de recherche en vie réelle visés par l’ambition de la fondation abritée (afin d’évaluer en vie réelle les bénéfices de cet outil de soins). Un premier financement complémentaire a déjà été obtenu, l’équipe mobilisée autour du projet s’est développée, avec les contributions de Margot Denis et Camille Salaün ouvrant de nouvelles perspectives :
« Nos objectifs sont d’implémenter la solution à de nouvelles thématiques et de mesurer l’impact de l’accompagnement en e-parcours, tout en pérennisant la structure. »
Le rôle des soignants dans l’innovation hospitalière
Cette aventure illustre deux convictions fortes que nous avons pu constater au fil des différentes éditions du Challenge Innovation :
Un projet ne peut réussir que s’il est porté par un collectif complémentaire qui traduit le besoin patient en réalité. Paramédicaux et médecins sont ainsi les deux piliers de cette alliance indispensable pour donner vie à l’innovation – au-delà de l’énergie et de la volonté individuelles
Si les idées sont la base, leur articulation et mise en perspective de façon adaptée sont cruciaux. Les capacités opérationnelles et stratégiques, avec une vision à 360° sont nécessaires pour concrétiser les projets.
Judith Aron-Wisnewsky et Eve Desnoyers en témoignent : « Les soignants innovent en permanence pour s’adapter aux besoins et aux patients. Mais pour innover au-delà de la pratique quotidienne, il faut oser, et LallianSe a été le déclencheur. »
Au-delà de ces constats, le projet OB-E met aussi en lumière la motivation et l’énergie exceptionnelles des soignants : capables de porter une initiative exigeante et surtout engageante, en parallèle de leur mission quotidienne auprès des patients.
Le mot de la fin
Pour la FRM comme pour LallianSe, OB-E est un exemple idéal de ce que peut produire une collaboration entre terrain, accompagnement stratégique et expertise scientifique.
« LallianSe joue un rôle central dans l’identification et l’accompagnement de projets innovants à fort impact pour la santé. Véritable catalyseur, elle facilite les mises en relation stratégiques et optimise les chances de succès », conclut Valérie Lemarchandel.
Chez LallianSe, nous sommes fiers de cet accompagnement, et convaincus que l’innovation naît avant tout de la rencontre des compétences, de l’ambition et de la confiance.
Dans notre prochain article, nous poursuivrons cette série avec deux autres projets lauréats : T-OUT et Pikidou, accompagnés grâce à l’expérience de Romain Gombert, qui a contribué à concrétiser ces projets.
Parlez-vous « LallianSe » ? Un médecin ne parle pas le même langage qu’un entrepreneur. Un entrepreneur ne parle pas le même langage qu’une direction hospitalière. Une direction hospitalière ne … Continuer la lecture de « GHU Sorbonne Université »
Former pour transformer ? Quand l’innovation et l’entrepreneuriat enrichissent la formation des soignants Quand l’innovation et l’entrepreneuriat enrichissent la formation des soignants Les soignants ont les idées, mais pas toujours … Continuer la lecture de « Série immersion hospitalière – Article n°4 »
L’innovation par et pour les soignants : d’une idée à la réalité
Ou comment le quotidien des soignants peut aussi être traduit en innovations et bénéfices pour tous, y compris pour l’hôpital
Contexte
LallianSe est née il y a 10 ans d’un constat fort : malgré l’excellence scientifique et technologique française, trop peu d’innovations médicales bénéficient concrètement aux patients. Comment articuler ce fossé qui persiste entre recherche, bénéfices cliniques et modèles économiques viables ?
Intégrateur en santé, notre mission est de traduire ces innovations en succès économiques. Ainsi, nous concevons et pilotons des parcours d’accompagnement sur-mesure, dédiés aux inventeurs, chercheurs et projets ambitieux. Depuis notre création, nous avons accompagné plus de 100 entreprises en mobilisant une communauté de 50+ Experts, embarqués aux cotés des dirigeants et managers.
Ce constat a guidé l’ensemble de nos actions, et notamment notre décision en 2017 d’initier une présence physique au sein de l’hôpital, à la Pitié-Salpêtrière à Paris, au travers du premier espace de coworking pour les startups en santé immergé en milieu hospitalier. Cette immersion a permis d’impulser les Challenge Innovation, dispositif d’émergence, d’accompagnement et de financement des innovations paramédicales.
LallianSe a impulsé une approche originale pour faire émerger l’innovation directement au cœur de l’hôpital, par et pour les soignants. Aprèsquatre éditions de ces Challenges Innovations,nous partageons un retour d’expérience autour de cette immersion hospitalière. C’est l’occasion, non seulement de mettre en lumière la richesse des idées, mais aussi d’appuyer la dynamique de co-construction qui a permis l’accompagnement de ces innovateurs, en lien étroit avec la Direction Recherche Innovation (DRI) du GHU APHP.Sorbonne Université.
L’immersion : comprendre les besoins au plus près
En 2017, LallianSe a fait le choix d’une présence physique au sein de l’hôpital. L’idée originelle ? Ouvrir un espace de dialogue entre soignants, entrepreneurs et innovateurs. Ce projet pilote a permis :
D’instaurer un dialogue direct entre startups et professionnels de santé ;
De mieux comprendre la culture d’innovation de l’établissement et plus globalement du Groupe Hospitalo-universitaire (GHU) ;
D’identifier les décideurs et acteurs de l’innovation au sein de l’hôpital ;
De rendre concrètes les idées originales imaginées par les lauréats, au bénéfice des patients et des établissements.
La co-construction, comme présentée ci-après, avec la Direction de la Recherche et Innovation (DRI), incarnée à cette période par Mathilde Lefèvre et Tatiana Akake, anciennes directrice et directrice adjointe lors du lancement des deuxième et troisième éditions du Challenge Innovation, a été un levier décisif. Sans cette collaboration, et sans la confiance de la direction hospitalière, l’initiative n’aurait pas pu prendre racine.
« Les Challenges Innovations ont offert à la DRI l’opportunité de promouvoir de nouvelles méthodes de travail auprès des équipes paramédicales du GHU, en s’appuyant sur la collaboration avec LallianSe. Assister à la concrétisation d’idées issues du terrain, portées par des professionnels passionnés et engagés, a constitué une expérience professionnelle à la fois enrichissante et gratifiante. Cette initiative illustre pleinement la capacité des hôpitaux à penser une innovation en santé proche du soin et consciente des réalités quotidiennes« .
Tatiana Akake, ancienne directrice adjointe de la Recherche et Innovation du GHU APHP. Sorbonne Université.
Les Challenge Innovation
Deux grands principes pour ces Challenge : leurs porteurs de projets, les paramédicaux, et les modalités – une combinaison de financement et accompagnement.
L’innovation en santé est trop peu souvent portée par les personnels paramédicaux. Qu’ils soient infirmiers, cadres, kinésithérapeutes, nutritionnistes ou techniciens de laboratoire par exemple, leurs quotidiens et leurs enjeux n’en sont pas moins d’une fertilité solide en matière d’innovations. Dispositifs médicaux, diagnostics, service de santé, solutions innovantes – autant de réalités et de projets concrets qui ont été imaginés, proposés et pour certains matérialisés. C’est ce que nous avons voulu impulser comme accroche et initiative afin de développer non seulement une culture d’innovation, mais aussi proposer des projets à impact et concrets.
Le principe des Challenges ? Une combinaison de financement (dotation de 3 à 20k€) et d’accompagnement stratégique et opérationnel d’un équivalent d’environ 12 à 13 k€ pour donner aux projets lauréats un maximum de chances de réussite. Les projets ont été évalués, analysés et pour certaines éditions préparés par des accompagnateurs et équipes spécifiques – aussi bien au sein de l’hôpital qu’en externe, avec des partenariats privilégiés.
Comment sont financés ces Concours ?
Fait original, les projets lauréats ont été cofinancés. Le financement était composé pour partie de financements du Groupe hospitalier et pour partie assuré par les bénéfices récoltés du FestiLAB, un évènement caritatif annuel organisé par LallianSe grâce au soutien de mécènes de l’écosystème de l’innovation en santé – entrepreneurs, recruteurs, conseils juridiques, investisseurs, entre autres.
Enfin, l’accompagnement proposé par du mécénat de compétences a permis d’accompagner pendant 6 à 12 mois les différents projets, avec des sessions de travail mensuelles, des introductions ciblées auprès de prestataires clés et adaptés au projet, des actions spécifiques et mises en réseau pertinentes selon les besoins identifiés. Nous aurons l’occasion de revenir sur ces éléments dans un prochain article.
L’innovation aussi se trouve dans la façon de rendre vivantes ces initiatives !
Concrètement, comment se déroulent ces Concours ?
Avec un calendrier optimisé s’étendant sur quelques mois, ces Concours ont servi plusieurs objectifs :
Concrétiser des projets d’innovation portés par les soignants et répondant à leurs besoins ;
Fédérer les équipes candidates, contribuer au développement des talents et à l’attractivité ;
Développer une identité forte des établissements concernés, orientée vers l’innovation.
Pour être présélectionnés puis candidater, les projets devaient répondre à 3 critères cumulatifs :
Concerner une innovation de santé (service, soin, dispositif…) ;
Répondre à un besoin général ;
Être porté par des personnels paramédicaux.
Chaque année, le processus de candidature a été amélioré. Rapidement, plusieurs ateliers de ‘design thinking’ ont accompagné les équipes, de la présélection à la soumission du projet pour challenger le concept, améliorer la qualité des dossiers soumis et tester l’engagement des équipes souhaitant candidater. En intégrant ce parcours, le porteur du projet acceptait également en contrepartie de se former autour de l’entrepreneuriat et des bonnes pratiques à adopter. Par ailleurs, l’intégration d’ateliers complémentaires pour les projets plus aboutis incluant les interactions avec les directions hospitalières pertinentes (coordinateur de soins, systèmes d’information, personnels administratifs, recherche etc.) ont été ajoutés offrant ainsi une perspective complémentaire aux porteurs de projets.
A la fin du processus, un Jury composé de représentants hospitaliers, universitaires et LallianSe ont récompensé les projets présentant chaque année le potentiel de succès et diffusion le plus élevé.
Au total 7 projets ont été récompensés entre 2018 et 2023, au travers de 4 éditions. Un article dédié mettra en lumière ces lauréats et leurs innovations.
Quel est l’impact de ces concours d’innovation ?
Après 4 Challenge Innovation organisés et pilotés, plus de 75 projets reçus, 7 projets récompensés totalisant 57 000€ de dotations cumulées et un équivalent de 100 000€ d’accompagnement par LallianSe, voici quelques retours d’expérience :
Le levier de motivation et d’engagement des personnels est déterminant. Pourquoi ne pas transformer cette énergie en levier d’action ? Un soutien de la hiérarchie, une valorisation adaptée (reconnaissance, temps), ainsi que des actions de formations des équipes pourraient être des pistes à explorer. Un participant a décrit cette expérience comme « Un booster au développement d’initiatives ; une aide et un soutien pour ne pas baisser les bras là où l’institution a du mal à jouer son rôle de catalyseur ». L’effet « boule de neige » observé d’une année à l’autre au travers d’un nombre croissant de candidatures témoigne de l’influence positive de ces concours sur l’esprit d’innovation au sein des établissements de santé.
Si les idées sont essentielles, leur mise en musique et leur concrétisation sont cruciaux. Les capacités opérationnelles et stratégiques, avec une vision à 360° sont nécessaires pour rendre concrètes les idées. Le choix des prestataires, la définition du cahier des charges, la préparation des plans de financement, le dialogue avec les parties prenantes, l’anticipation des ressources (humaines et financières) à mobiliser pour donner vie au projet font partie des points clés travaillés lors des accompagnements mis en place.
Encourager le développement des compétences en gestion de projet, en entrepreneuriat et en innovation, notamment grâce aux ateliers de ‘design thinking’ et aux parcours sur-mesure inclus dans le processus des concours, ont permis aux participants de développer ou enrichir des compétences clés qui peuvent être appliquées dans leurs pratiques quotidiennes, favorisant ainsi une culture d’amélioration continue.
Cette dynamique d’innovation, même si elle est particulièrement riche, a aussi montré ses limites. L’un des objectifs initiaux était de soutenir prioritairement l’innovation portée par les professionnels paramédicaux. A noter que dans plus de 80% des cas, les médecins étaient particulièrement impliqués. Peut-on ainsi parler d’innovation paramédicale ou médicale uniquement ? Ne faut-il pas mieux privilégier l’intérêt du projet lui-même – et les bénéfices apportés aux patients ou système de soin – plus que la qualification de son porteur ? Le débat est ouvert !
Les projets s’inscrivent nécessairement dans un temps long, souvent décorrélé du soin voire des objectifs individuels ou du service concerné ; comment dès lors inscrire ces projets dans les parcours professionnels ou le quotidien des soignants ?
Par ailleurs, la vision d’établissement et sa culture son essentiels pour porter et fédérer sur le long terme ce genre d’initiatives, au-delà des parcours personnels. Comment le rendre visible et lisible pour tous ? Comment inscrire cet engagement dans des temporalités compatibles pour chacun ?
Par ailleurs, la diffusion et l’ouverture au-delà des services “originels” où les projets sont nés nécessitent des ressources supplémentaires (et souvent financières et humaines), qu’il faut identifier et mobiliser de façon très forte. Difficile en parallèle d’une activité de soin… Comment combiner son activité de soin avec le développement de projets d’envergure ?
« La fertilité des projets, l’engagement de tous les personnels sollicités, et la vision d’une meilleure santé proposée par les lauréats des Challenge Innovation démontrent et donnent confiance dans la capacité d’innovation portée par le « terrain ». Au-delà de l’innovation elle-même, nous devons aussi anticiper son déploiement et expansion, sans oublier son financement »
Julie Rachline, CEO LallianSe
Conclusion
Ces éditions ont confirmé une conviction forte : il est essentiel de créer des espaces d’expérimentation et de liberté pour permettre l’innovation hospitalière.
Pour l’hôpital, ces concours ont permis non seulement de faire émerger des projets d’innovation, mais aussi de mettre en lumière certains personnels “serial” inventeurs, une dynamique particulièrement riche et dense de projets qui devraient être diffusés et mis en exergue dans le cadre d’évènements spécifiques. C’est aussi, pour l’écosystème qui a activement contribué au travers des activités de mécénat – le FestiLAB ou le mécénat de compétences de LallianSe en accompagnement – un cercle vertueux pour mieux comprendre les enjeux rencontrés par les soignants et leur quotidien, pour mieux comprendre le fonctionnement de notre système de santé et comment lui apporter quelques améliorations . Ce dialogue permet aussi aux investisseurs, entrepreneurs, chercheurs et autres engagés de mieux percevoir les facteurs clés de succès pour les produits de santé innovants. Rien de tout cela n’aurait été possible sans la collaboration étroite avec la Direction Recherche Innovation et le soutien déterminé notamment de Mathilde Lefèvre et Tatiana Akake, pour faire vivre cette dynamique.
Dans le prochain article, nous irons à la rencontre de de certains lauréats, pour recueillir leur regard sur cette expérience et explorer ensemble comment l’innovation de terrain peut continuer à se développer au service des soignants et des patients.